Langage et Lynchage
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L'oiseau bourgeois et la fleur proletaire Dans les prochains numéros: - Le langage marxistoide.Introduction. - Le langage marxistoide. Micro-dictionnaire. - Le méchoui politique - La langue du 3émé Reich et les nazillons français |
26/3/2005 La leçon de Spinoza. Il y a deux ans la parution de « La face cachée du Monde » avait profondément secoué le village médiatique français. Le tirage du livre avait dépassé les 300.000 exemplaires lançant un terrible défi au triumvirat dirigeant le journal, comme aussi à l’éditeur de Harry Potter. Le célèbre pamphlet signé par Michel Legris il y a trente ans, « Le Monde tel qu’il est », salué par toute la presse internationale comme un modèle de critique déontologique, s’avérait non seulement confirmé, mais prémonitoire. Le quotidien de référence qui s’était spécialisé dans la manipulation du lecteur à travers de demi vérités, de glissements sémantiques et de fausses nouvelles, s’était transformé, peu à peu dans une sorte de maffia politique- économique utilisant la dénonciation et le chantage. L’argumentation des auteurs, Pierre Péan et Philippe Cohen, paraissait infaillible, d’autant que le triumvirat, directement visé, était apparu à la Télé déterminé et menaçant, pour quitter le plateau sur le bout des pieds. Suivit une période d’indignation frémissante, d’appels à la vengeance, de tonitruante rage olympienne, sans qu’aucun démenti sérieux soit apporté aux accusations de deux auteurs. Puis, grâce à des habiles médiateurs, les dirigeants du journal se réconcilièrent en coulisse avec leurs horribles détracteurs et le quotidien, recouvrant sa face cachée de sa « ligne éditoriale », revint à son habituelle vitesse de croisière. Ainsi, Mr. Colombani reprit ses discours inchangés et interchangeables à la Une du « Monde 1 », Mr. Edwy Plenel ses tracts populistes à la Une du « Monde 2 » et Mr.Minc son sourire méprisant sur les écrans de Télé. Personne ne pouvait s’imaginer que, à l’abri de son froid masque souriant, Mr.Minc était en train de concocter un délirant lynchage médiatique. 1 Le 18-02-05 la page du Figaro fut déchirée par un cri de rage vengeresse poussé par Mr.Minc, l’auteur de « Spinoza, un roman juif »°, économiste prestigieux, philosophe, sociologue, essayiste, consultant, médiateur, sosie contemporaine de Ostap Bender, dit « Le Grand Combinateur », le héros des romans « Les douzes chaises » et « Le veau d’or » de Ilf et Petrov.°°. Le cri, recueilli par Alexis Lacroix sous forme d’interview, fut publié dans la « Figaro » sous le titre : Alain Minc : « Cukierman franchit la ligne jaune »
L’interviewé, étouffant de rage, faisait semblant d’analyser les propos de Mr.Cukierman, le président du CRIF, concernant l’incompatibilité entre la politique extérieure française ( ouvertement pro- palestinienne, culminant avec les honneurs tricolores prodigués au feu Yasser Arafat) et la lutte du gouvernement français contre l’antisémitisme. Peu de temps avant Jean Christophe Ruffin était arrivé à la même conclusion dans son rapport sur l’antisémitisme, remis au ministre de l’Intérieur, soulignant qu’il fallait tout faire « pour rééquilibrer l’appréciation par l’opinion publique de la situation au Moyen-Orient ». Connaissait-il, Mr.Minc ce rapport ? Aucune importance. Comme ses collègues, il attendait depuis longtemps l’occasion de régler les comptes au président du CRIF. On saura jamais si l’idée de « profiter » de la déclaration de Mr.Cukierman, pour en finir avec lui, appartenait au lucide Mr.Minc ou a ses collègues de rédaction. Un spécialiste des séries « killer » ou « thriller » à la française, aurait choisi la deuxième hypothèse. 2 « Scandalisé » par les propos de R.Cukierman, « désignant à la vindicte des juifs français les hommes qui exercent leurs fonctions au sommet de l’Etat », A.Minc décide d’élaborer lui-même l’acte d’accusation contre le traître, d’après les vieux modelés élaborés contre les traîtres à la patrie, pendent les procès de Moscou et Leningrad. Mais après avoir attiré l’attention sur la gravité des accusations dénuées de sens, totalement infondées, absurdes, grotesques, inadmissibles prononcées par l’accusé contre le gouvernement français, il décide, pour être plus convaincant, de remplacer le vocable composé « le sommet de l’Etat » par un autre plus courte : Jaques Chirac. Ce changement de l’acte d’accusation imposait un changement de style, une amplitude rhétorique à la mesure du personnage subitement introduit : « Roger Cukierman a-t-il oublié que ç’est Jaques Chirac qui a eu le courage de nommer une réalité que ses prédécesseurs ont inlassablement déniée : la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs français ? Le Président du Crif n’a-t-il pas observé que, depuis quatre ans, les juifs français trouvent dans le Président de la République un homme qui n’accepte aucun accommodement avec l’antisémitisme en ses différentes formes ? …Je trouve impeccable l’attitude dont le président de la République n’a pas devié depuis dix ans …C’est cet homme qui a redit, très récemment contre toutes les tentatives de banalisation de la haine, que l’antisémitisme, cette « perversion », « n’a pas sa place en France »
Et, indicible horreur (« horribile dictus ») : ç’est cet homme que le juif Cukierman avait désigné « à la vindicte des juifs français » !! On attendait le tribun conclure avec un superbe « Quousque tandem abutere Cukiermanus.. ?! Mais l’exercice de flagornerie byzantine terminé, il revint à un de ses rôles préférés , celui de « juif en pointillé » ou de « juif de Sartre », auxquels il ajouta une précision : « Le juif que je suis n’a vraiment pas l’habitude de se mêler de la vie de ce qu’on appelle la communauté juive. La faute, sans doute, à mon penchant instinctif à l’universalisme.. » Passons sur le flou sémantique de la formule «ce qu’on appelle la communauté juive», comme aussi sur son « penchant instinctif à l’universalisme » expression qui aurait charmé Bouvard et Pécuchet . Revenons à la description succincte de Mr. Minc, juif extra communautaire, par Alain Minc, Français de souche, habitué à dissoudre ses traces de judéité dans l’universalisme. Il ne faut pas faire appel à Freud pour décrypter le « ce qu’on appelle », ni à Flaubert pour le cocktail langagier mélangeant le vocable « instincts » ( argot psycho) et le vocable « universalisme » ( philo ?socio ? ). 3
Il y a des explications plus simples, plus banales : Depuis belle-lurette des hommes politiques ou des médias français (surtout de gauche) faisaient appel à un de leur salariés juifs pour critiquer la communauté juive ou, plus tard, l’Etat Hébreu, sans qu’on puisse les accuser d’antisémitisme. Avec le temps, on avait pris l’habitude de surnommer ce genre de plumitifs « Les Juifs de service », bien avant d’entendre parler des » Jüde aller Rechte »( Juifs ayant tous les droits) incorporés dans l’armée allemande pendent la deuxième guerre mondiale. Un célèbre « Juif de service » fut, le siècle passé, André Wurmser, ( comparé au nazi Joanovici) il considérait les Israéliens « imbéciles, racistes, brimeurs de minorités, pires réactionnaires, agresseurs, persécuteurs etc., le sionisme étant défini comme « hitlérisme » et « accident effarant de l’histoire ». (« L’éternel, les Juifs et Moi ») Malheureusement pour lui, son vocabulaire antisioniste-antisemite s’avéra extrêmement pauvre à coté de celui utilisé par les propagandistes du Monde pendent la Guerre au Liban ( 1982-1983). A coté de ces professionnels de la mise à mort, le collègue de Mr.Minc, Sylvain Cypel , l’auteur de la fausse nouvelle concernant le « démantèlement d’un réseaux d’espionnage israélien aux Etats Unis » ( Le Monde du 05-03-2002), réseau dont ni le M.A.E. américain, ni le F.B.I.n’avait jamais entendu, fait piètre figure.°°° Dans ce sens, Alain Minc se montra bien plus astucieux. Pour ne pas être considéré comme n’importe quel « Juif de service » il fit trois tour de passe-passe : - Il se présenta dès le début comme un juif-non juif, juif en pointillé, etc. Cela faisait partie de ses habituelles prestidigitations sémantiques, pour échapper à toute classification. - En tant que juif, fut-il en pointillé et en tant que Français , fut-il non-chiraquien, il était obligé d’attaquer la montée de l’antisémitisme, mais…sans faire référence à la politique du Quai d’Orsay. Il trouva la solution en inventant un nouveau « nouvel antisémitisme : produit des errances d’une extrême gauche, qui combine anticapitalisme, antiaméricanisme et ressentiments contre les juifs », au moment où les actes antisémites dus au néo-nazis français d’origine maghrébine augmentaient en France au rythme de la deuxième Intifada.La définition du « nouvel antisémitisme »inventé par Mr.Minc faisait fi de cette « double allégeance » manifeste, encouragée par la politique ouvertement pro-palestinienne du Quai d’Orsay. Elle faisait fi de toutes les statistiques, de tous les discours officiels, de toutes les études condamnant l’importation du conflit israélo-palestinien sur le sol français. Elle faisait fi, surtout, des travaux d’André Taguieff et son groupe, concernant la composante d’origine arabe de « La nouvelle judéophobie ». - Et pour clore cette démonstration d’objectivité, due à sa non appartenance à la juiverie française, il déclara, ex abrupto : le racisme anti-arabe est largement plus répandu en France que l’antisémitisme. Ce que les dieudonnés n’arrêtent pas de clamer et ce que toutes les statistiques infirment. 4 Evidemment, il y a peu de rapports entre le racisme anti-arabe et la diplomatie française pro-arabe. Comme il n’y a aucun rapport entre la discours de Roger Cukierman et l’interview donnée par Mr.Minc. Comme il n’y a aucun rapport entre les questions posées par Alexis Lacroix et les réponses de Mr.Minc, qui les a toutes éludées, en se moquant autant de son interlocuteur que de ses lecteurs. Sauf la haine viscérale (instinctive ?) et le mépris (universel ?) pour Roger Cukierman, le réquisitoire de son ennemi se réduit à trois exercices langagiers : le premier en forme de lynchage , le deuxième en forme de flatterie, le troisième, le plus incohérent, concernant la relation entre le « nouvel antisémitisme » et la diplomatie française au Moyen-Orient. Mais ce fielleux jeu de miroirs touche à l’ignominie avec l’accusation de « double allégeance » portée contre R.Cukierman. Suivant pas à pas les procédés utilisés par les anciens tribunaux soviétiques°°°° Mr.Minc accuse le traître à la patrie d’avoir reconnu sa grave erreur quand « il ( c’est à dire R.Cukierman) suggère que son appréciation de l’action politique de la France est tributaire à des analyses israéliennes les moins nuancées. » Donc, le traître plaide coupable… Evidemment, c’est le délateur qui a inventé cet aveu pour l’accuser de « double allégeance »°°°°°. « qui empoisonne la relation des Français juifs avec leur pays depuis 1967 » et « réveille le fantasme antisémite ».
C’était pour la première fois depuis le début de son réquisitoire que Mr.Minc utilise le vocable composé « Français juifs » et non celle de « juifs français », pour nous faire comprendre la différence entre ceux qui sont Français avant d’être juifs et qui souffrent depuis 1967 (La Guere de Six Jours), à cause de ceux qui sont juifs avant d’être Français et qui réveillent eux-mêmes le fantasme antisémite ». Le Pen n’aurait jamais confié cela en public. Drumont, oui. Et ainsi de suite. Mais le jeu de miroirs de Mr.Minc ne s’arrête pas là.. Mais pour aller plus loin il faudrait donne la parole aux psychanalystes. 5 Ainsi, Baruch Spinoza punit (contre ses habitudes) celui qui essaya de le parodier se présentant comme un juif-non-juif, jamais mêlé à la vie de ce qu’on appelle la communauté juive, instinctivement universaliste, philosophe, économiste, journaliste et opticien spécialisé en lentilles pour le grossissement de l’ego. L’agacement post-mortem du célèbre philosophe semble avoir été amplifié par la manière dont son douteux imitateur s’était laissé dominé par les « passions tristes » : la vengeance, l’envie, la moquerie, la colère, le mépris, la haine, l’incohérence qui, à la fin, eurent raison de lui. Pour mieux comprendre le réquisitoire de Mr.Minc contre R.Cukierman, réquisitoire vide d’arguments, réduit à une masse de qualificatis offensants et/ou outrageants, nous en donnons ici un extrait de vocabulaire : gravité des propos, pousse à régir, pas admissible, dénué de mesure, réquisitoire totalement infondé, absurde, grotesque, designer à la vindicte, franchir la ligne jaune, tributaire des analyses israéliennes les moins nuancées, réveiller le fantasme antisémite, empoisonner les relations des Français juifs avec leur pays, comptable des intérêts légitimes de l’Etat d’Israël, ambassadeur in partibus de l’Etat d’Israël, (sa) plus lourde erreur, se leurrer, aggraver sa maladresse, aveuglement, faute manifeste de jugement, défaillance patente de discernement, provoquer une indignation beaucoup plus massive, exiger (sa) démission. Nous ajoutons à l’insu des subalternes voulant se faire pardonner par leurs supérieurs, quelques figures de styles gracieusement récités par Mr.Minc à l’insu de Jaques Chirac : impeccable attitude, jamais dévié depuis dix ans, le courage de nommer une réalité, un homme qui n’accepte aucun accommodement, (un homme) contre toutes les banalisations de la haine. _________________________________________ ° Le Tribunal de Grande Instance de Paris « Dit que l’ouvrage « Spinoza, un roman juif », dont Alain Minc est l’auteur et la société Editions GALLIMARD l’éditeur est la contrefaçon partielle de l’ouvrage « Spinoza, le masque de la sagesse » de Patrick Rödel, édité par les Editions CLIMATS » et condamne Mr.Minc et les éditions GALLIMARD à payer à Patrick Rödel la somme de 100.000 frs. (15.244,90 euros). Fait à Paris le 28 novembre 2001. Cela pour rappeler le penchant instinctif pour l’éthique du même Mr.Minc. °° « Les douze chaises » roman satyrique soviétique écrit par I. Ilf et E. Petrov. °°°L’auteur de la fausse nouvelle, infirmée par le MAE des Etats Unis et le FBI, dès le lendemain, et démystifiée par la presse américaine et européenne, ne fut jamais sanctionné par son journal, (complice de cette action) ni envoyé en jugement conformément aux lois françaises. Par contre, suite à son acharnement dans « la mise en perspective de l’information » il devint, en 2004, un des rédacteurs en chef du quotidien. °°°° « Les grands procès dans les systèmes communistes » Annie Kriegel, « Le dégré zéro de l’écriture » Roland Barthes. °°°°°Comment se fait-il que les nazis français d’origine arabe n’ont jamais été accusés de la « double allégeance » qu’ils revendiquent haut et fort, l’arme à la main, sur tous les méridiens, jusqu'au centre de Bagdad ? Comment se fit-il qu’ils puissent soutenir ouvertement cette « double allégence » à l’invers, c’est à dire se sentir bien plus proche de Al Quaida, du Hezbollah, de toutes sortes « Brigades de martyrs », que d’autres Français musulmans, juifs et chrétiens ? |